Spasmophilie : qu’est-ce que c’est ?

Il n’est pas toujours simple d’expliquer avec exactitude ce qu’est la spasmophilie. En effet; plusieurs définitions sont possibles et il faut aussi préciser que ce terme est très controversé en médecine. En France comme à l’international, elle n’est pas une maladie reconnue dans les classifications médicales. Si les chercheurs ne parviennent pas à tomber d’accord, la spasmophilie continue de toucher un grand nombre de personnes à travers le monde. Et elle peut se montrer très handicapante. Voici tout ce que vous devez savoir à son sujet.

spamsmophilie

Qu’est-ce que la spasmophilie ?

La spasmophilie est parfois définie par les médecins et les chercheurs comme un syndrome d’hyperventilation, ou bien comme un état d’hypersensibilité neuromusculaire. Pour les psychiatres, il s’agit simplement d’un trouble anxieux. Dès le départ, la définition même de la spasmophilie pose problème, car elle est encore loin de faire l’unanimité parmi la communauté scientifique.

Celle que l’on peut aussi appeler « hyperexcitabilité neuromusculaire » se repère par deux signes spécifiques (tests). Il s’agit en premier lieu du signe de Chvostek, qui définit une contraction musculaire involontaire de la lèvre supérieure, qui survient en réponse au test de percussion au marteau à réflexes des médecins. On évoque aussi le signe de Trousseau, qui désigne alors une contracture de la main d’accoucheur.

Lorsqu’il y a spasmophilie, on remarque le plus souvent une hyperactivité électrique répétitive des nerfs périphériques. Il s’agit là d’un signe caractéristique de l’excitabilité musculaire, qu’il ne faut pas confondre avec les crises d’anxiété paroxystiques, la dépression nerveuse ou encore, l’hypoglycémie. D’où la nécessité de consulter un médecin dès l’apparition des premières crises.

Les caractéristiques courantes de la spasmophilie sont la dépendance à l’environnement, l’hypersensibilité et la vulnérabilité au stress. On peut aussi citer une instabilité psychologique et physiologique. En tous les cas, la spasmophilie peut prendre des formes très diverses en fonction de chaque individu.

Faut-il parler de spasmophilie ou de crise de tétanie ?

Le terme « spasmophilie » est couramment utilisé par le grand public afin de décrire les angoisses qui allient une tétanie musculaire à des difficultés respiratoires (hyperventilation, sentiment d’oppression et impression d’étouffement). Les symptômes de la tétanie, de la spasmophilie et de l’hyperventilation psychogène s’apparentent souvent à ceux des attaques de panique.

Cependant, il faut garder à l’esprit que le concept de spasmophilie est encore très flou à l’heure actuelle. La documentation scientifique existante est relativement faible, et peu d’études ont été menées à son sujet. Bon nombre de spécialistes remettent en doute jusqu’à la réalité de cette maladie. Aux États-Unis par exemple, la spasmophilie est considérée comme une forme d’angoisse pathologique. Ailleurs, elle appartient le plus souvent à la famille des troubles paniques.

Quelles sont les personnes touchées ?

Les crises d’angoisse que l’on peut imputer à la spasmophilie touchent essentiellement les jeunes personnes, notamment celles qui sont âgées de 15 à 20 ans et jusqu’à 45 ans. Elles semblent être plus présentes chez les femmes que chez les hommes, ainsi que dans les pays développés. Or, comme elle n’est pas reconnue comme une maladie en tant que telle, on ne connaît pas le profil exact des personnes à risque. Néanmoins, la spasmophilie semble présente chez les personnes ayant des antécédents familiaux de troubles paniques, ainsi que celles qui ont un passé de maltraitance ou d’abus sexuels.

Il existe des facteurs de risque, pouvant causer des crises de spasmophilie ou de panique. Cependant, ils varient considérablement d’une personne à l’autre. Pour l’heure, les chercheurs n’ont pas identifié de facteur déclenchant, même si les études tendent à démontrer une certaine influence des événements traumatisants vécus au cours de l’enfance. On peut par ailleurs considérer plusieurs facteurs de risque, comme la consommation de cannabis, d’alcool ou de drogue, une maladie ou un deuil, la prise ou l’arrêt de certains médicaments, des situations anxiogènes comme un contexte de difficultés relationnelles…

Les causes de la spasmophilie

Les mécanismes de la spasmophilie semblent faire interagir des facteurs génétique, biologique, cardio-respiratoire et psychologique. Selon certaines théories, la spasmophilie serait simplement une réaction excessive ou inappropriée à une anxiété, un stress ou une angoisse. Elle déclencherait donc une accélération du rythme respiratoire qui s’amplifie jusqu’à provoquer une crise de tétanie musculaire. L’hyperventilation peut alors être engendrée par différentes peurs et angoisses, comme celle de ne plus pouvoir respirer, par exemple.

L’hyperventilation serait également responsable de l’apparition de plusieurs symptômes, comme l’engourdissement des membres, les vertiges, les palpitations et les tremblements. Ainsi, à leur tour, ces symptômes aggravent l’anxiété et la peur, entraînant la personne spasmophile dans un cercle vicieux auto entretenu.

Ce système réactionnel consomme de grandes quantités de magnésium, pouvant entraîner un déficit ou une carence chronique en magnésium intracellulaire. Par ailleurs, les modes de cuisson et le raffinage de nos aliments rendent notre alimentation de plus en plus pauvre en magnésium, ce qui n’arrange en rien ce manque. Par ailleurs, une fragilité génétique, qui s’associe à des groupes tissulaires HLA-B35, semble prédisposer une part importante de la population (18 %) des pays industrialisés à développer une spasmophilie.

Enfin, pour un grand nombre de médecins spécialistes, la spasmophilie peut être causée par un déficit de l’efficacité du sommeil.

Les symptômes de la spasmophilie

Les symptômes de la spasmophilie sont assez proches de ceux du déficit en magnésium. Tels qu’ils sont le plus souvent décrits, les symptômes de la spasmophilie sont :

  • Un sentiment de tétanie musculaire, notamment dans les membres supérieurs : picotements, fourmillements, incapacité à bouger… ;
  • Une accélération du rythme respiratoire, que l’on associe souvent à une difficulté à trouver de l’air et à une sensation d’oppression, d’étouffement ;
  • Une asthénie intellectuelle ou physique, dont les causes restent floues. Sensations de « tête vide », de « jambes coupées » et survenue de « coups de pompe » ;
  • Sensation de palpitations, de malaise avec douleurs abdominales ou thoraciques, sans raison organique. Troubles digestifs divers, impression de marcher dans du coton, striction pharyngée…

Le début de la crise se précède généralement d’une période où l’anxiété augmente de manière progressive. Les symptômes s’estompent alors pour laisser place à la fatigue. Les crises peuvent être quotidiennes, ou survenir entre une et deux fois dans une vie.

Une grande diversité de troubles associés

La spasmophilie peut s’accompagner de très nombreux troubles, ce qui la rend difficilement identifiable. Les troubles varient alors d’une crise à l’autre, et d’une personne à l’autre. Il peut s’agir de trouble somatique, allant des malaises à la fatigue physique, en passant par les crises de tétanie et les migraines. On peut aussi citer des démangeaisons, des gênes respiratoires, des douleurs, des palpitations, des tremblements, des nausées…

Parmi les troubles souvent associés à la spasmophilie se trouvent aussi des troubles psychiques, tels que des troubles du caractère, des troubles du sommeil ou une sensation d’angoisse. Dans ce cadre, on peut également citer une peur irraisonnée de devenir fou, une fatigue sexuelle et intellectuelle, une impression de danger imminent… Il en est de même pour les troubles psychosensoriels, comme un sentiment de déréalisation et de dépersonnalisation.

Enfin, la spasmophilie peut aussi engendrer des troubles comportementaux, comme une agitation ou une inhibition comportementale et de l’agressivité.

Les évolutions possibles

Les réactions spasmophiles peuvent souvent s’associer à une baisse significative de la qualité de vie. Généralement, elles provoquent des troubles handicapants, tels que la peur d’être en présence d’inconnus, la peur de sortir ou de participer à des activités professionnelles ou sociales. Pour certaines personnes, les crises présentent une fréquence particulièrement élevée et peuvent se répéter plusieurs fois par jour. Dès lors, on parle de « troubles paniques ». En outre, la spasmophilie peut aussi entraîner un risque accru de pensées suicidaires et de passage à l’acte, de dépression, d’abus de substances nocives…

Par ailleurs, il faut savoir que les symptômes sont très souvent amplifiés par des problèmes surajoutés, comme des affections parasitaires, dentaires, des infections virales… La crise correspond au stade qui, une fois franchi, rend la vie difficile pour les patients.

Traiter la spasmophilie

Venir à bout des crises d’angoisse peut être véritablement difficile. Cependant, il existe aujourd’hui des thérapies et des traitements efficaces. Il est parfois nécessaire de les combiner ou d’en essayer plusieurs pour trouver le bon. En règle générale, la majeure partie des personnes touchées par la spasmophilie parviennent à réduire leurs crises (voire à les éliminer) en quelques mois ou en quelques semaines grâce à une prise en charge adaptée.

Le diagnostic

Comme nous l’avons précisé au début de cet article, plusieurs tests sont possibles pour identifier la spasmophilie. Il s’agit du signe de Chvostek et de celui de Trousseau. On peut aussi citer ceux de Lust et de Weiss. Par ailleurs, il est possible de réaliser des examens complémentaires, à l’image de l’électromyogramme. Ce dernier permet de mesurer le degré d’excitabilité des muscles et des nerfs.

Des examens biologiques peuvent aider à déterminer les taux sanguins de magnésium, de phosphore et de calcium. Bon nombre de chercheurs pensent qu’un déficit en magnésium est responsable de l’apparition de la spasmophilie.

Les thérapies

La psychothérapie est particulièrement efficace pour réduire les troubles anxieux. Elle est d’ailleurs souvent recommandée avant la prise de médicaments. Le plus souvent, pour traiter les crises d’angoisse, les patients font l’objet d’une TCC : une thérapie cognitive et comportementale. Celle-ci se déroule sur dix à vingt-cinq séances individuelles ou en groupe, espacées d’une semaine. La thérapie a pour objectif de remédier aux erreurs d’interprétation et de modifier les fausses croyances.

Elles servent aussi à informer sur l’état de panique et à corriger les comportements négatifs. Pour cela, plusieurs techniques sont employées. Les patients doivent apprendre à se calmer lorsqu’ils sentent l’angoisse monter. Des exercices très simples sont à mettre en place. Les thérapies cognitives et comportementales visent à réduire les symptômes. Cependant, leur but n’est pas d’identifier l’origine ou la cause des crises. On peut donc tout à fait les associer à d’autres formes de thérapies et de prises en charge hypnothérapeutique. On peut par exemple citer la thérapie systémique ou la thérapie analytique. Et ce notamment pour éviter que les symptômes ne réapparaissent sous d’autres formes.

Les médicaments

Réduire la fréquence des crises d’angoisse est possible avec des traitements pharmacologiques adaptés. En règle générale, les antidépresseurs sont ceux que l’on retrouve le plus souvent, avec les benzodiazépines. En France, il est courant d’utiliser de la venlafaxine, des antidépresseurs tricycliques ainsi que des inhibiteurs sélectifs de la sérotonine. Ces derniers visent à augmenter les quantités de sérotonine dans les synapses. Dans la plupart des cas, les médecins prescrivent un traitement à base d’antidépresseur pour une durée de douze semaines. À son terme, une évaluation permet de décider de la suite du traitement.

Peut-on prévenir la spasmophilie ?

À l’heure actuelle, il n’existe pas de méthode véritablement efficace pour prévenir les crises liées à la spasmophilie. Celles-ci surviennent également de manière totalement imprévisible. Néanmoins, avec une prise en charge adaptée, les personnes concernées peuvent apprendre à gérer leur stress. Ainsi, elles apprennent à éviter que les crises ne deviennent trop fréquentes. Dans cette logique, consulter un médecin est toujours indispensable.

Pour réduire l’angoisse, les mesures à prendre sont les suivantes. Elles sont toutes en lien avec une hygiène de vie saine :

  • Adopter une hygiène de vie saine avec une activité physique régulière, une alimentation équilibrée et un sommeil réparateur ;
  • Bien suivre le traitement prescrit par le médecin et ne pas l’interrompre sans avis médical ;
  • Apprendre à gérer le stress afin d’interrompre les crises ou de limiter les facteurs déclenchants. Pour cela, il est possible de pratiquer du yoga, des techniques de méditation, de la relaxation, du sport…
  • Éviter de consommer de l’alcool, des drogues ou des substances excitantes ;
  • Se faire soutenir par des thérapeutes et des associations de personnes touchées par des troubles similaires.

Ainsi, s’il n’est pas possible de prévenir la spasmophilie, il demeure possible de réduire la fréquence des crises. Ainsi que l’intensité de leurs symptômes. Ces mesures relèvent essentiellement du bon sens et s’ancrent parfaitement dans une hygiène de vie saine et normale. En parallèle de ces mesures, les personnes touchées par la spasmophilie peuvent profiter d’un suivi thérapeutique et d’un traitement, si besoin. Chaque cas est unique : la prise en charge doit l’être aussi. Il est donc indispensable de faire l’objet d’un suivi médical par des professionnels de santé.